Ce n’est pas par hasard que je reprends l’expression « la belle endormie
» qui durant quelques années a collé aux basques de l’image de Bordeaux.
Alors que la capitale Girondine a retrouvé son souffle et une énergie
incontestée, alors que Bordeaux est désormais inscrite au patrimoine mondial
de l’UNESCO et postule pour être capitale de la culture en 2013, il subsiste
en son centre un ilot encore en pleine léthargie qui à défaut du baiser du
prince charmant aimerait bien être tiré de son pesant sommeil.
Je veux parler de ce pâté de maisons à 2 pas du Grand Théâtre. Délimité
par les rues Sainte Catherine, Saint Rémi, des piliers de Tutelle et de la
Maison Daurade qui abrite en son centre la Galerie Bordelaise. Une galerie
commerçante couverte du XIXème siècle ayant la particularité d’offrir un
passage en diagonale ce qui la distingue d’autres monuments de ce style
pourtant mieux traités ailleurs en Europe et même en France. Voici donc un
lieu patrimonial connu de tous les Bordelais, de toutes générations
confondues et de toutes classes sociales, un lieu inscrit à l’inventaire
supplémentaire des Monuments historiques qui depuis des décennies ne cesse
de dépérir dans une coupable indifférence générale.
Entrée rue Sainte Catherine
Sortie avec vue sur le Grand Théâtre
Entrée rue des Piliers de Tutelle
Perspective sur la façade des magasins
Ce que l’habitué ne voit plus, le visiteur occasionnel et à plus forte
raison le touriste, par définition plus attentif, le remarque immédiatement.
Il suffit de lever les yeux pour découvrir les peintures défraichies, les
plâtres craquelés, les murs fissurés, les traces d’humidité et tous les
signes distinctifs d’un défaut d’entretien, ceci n’étant hélas que la partie
visible d’un état général beaucoup plus préoccupant.
Mais alors
pourquoi cet état d’abandon persistant ?
L’affaire n’est pas simple et comme toujours elle peut se
résumer à une histoire d’intérêts financiers divergents. Il suffit
pour comprendre de savoir que cet ensemble d’immeubles avec en son
centre la galerie comporte une multiplicité de propriétaires.
Propriétaires d’appartements loués, propriétaires d’appartements
habités, propriétaires de magasins … , les intérêts et les
préoccupations des uns ne correspondent souvent pas aux intérêts et
aux besoins des autres. Une seule entité pour gérer tout cela et
toute personne ayant un jour assisté à une assemblée générale de
copropriétaires comprendra ou réside la difficulté, d’autant plus si
dans l’assemblée se trouve l’un ou l’autre inévitable Harpagon plus
enclin à compter ses euros qu’à en voir un seul sortir de sa
cassette..
Et les pouvoirs publics ?
Ici aussi l’affaire est compliquée. Si incontestablement la Galerie
Bordelaise appartient au patrimoine Bordelais, et même si elle est inscrite
à l’inventaire secondaire des Monuments Historiques, elle n’en demeure pas
moins un domaine privé. Les subsides publics et autres subventions ne
peuvent au mieux qu’accompagner les actions prioritairement financées par
les propriétaires.
Un mur de boites à chaussures qui fait sursauter la
belle endormie !
Fort heureusement, dans cette ambiance ou le temps semble s’être arrêté
depuis 20 ou 30 ans, certains signes encourageants pointent à l’horizon.
Tous les protagonistes ne jouent pas la montre, et une poignée de bonnes
volontés, sans d’ailleurs toujours être vraiment récompensée de ses efforts,
tente de redresser la barre. Une association « les amis de la Galerie
Bordelaise » a même vu le jour (voir leur site
www.galerie-bordelaise.com ). Certains commerçants tentent
également de redonner vie au lieu par différentes animations tout au long de
l’année, c'est le cas de M. Michard, commerçant spécialisé dans la
chaussure haut de gamme dont les vitrines s’ouvrent à la fois sur la Galerie
Bordelaise et sur la très passante rue Sainte Catherine.
En période de Soldes, l’artiste Jacques PERCONTE a eu l’idée d’ériger
dans la galerie, un mur
de boîtes à chaussures qui ferme totalement le passage, idée adoptée
et soutenue par la boutique MICHARD ARDILLIER. Inutile de
dire que les réactions et les commentaires ne se sont pas fait
attendre, d’autant plus que tous les médias locaux ont largement
relayé l’information. Critiques des uns, approbations des autres,
réveil d’un public bordelais découvrant en même temps que l’œuvre
l’urgence d’agir, sans oublier certaines instances officielles
avouant lors d’interviews découvrir la nature du problème et son
intensité ... personne n’aura été indifférent.
Jacques Perconte a participé au festival Ritournelles en 2006 à
la boutique, suite à cette rencontre, Jacques Perconte à eu l'idée
de se servir des boites de chaussures laissées par les clients pour
créer une œuvre. projet :
" Nous collectons les boites vides
depuis une année. Ce mur est avant tout une installation d'art
contemporain qui questionne les relations entre public et privé pour
manifester quelles positions l'art et la communication peuvent
prendre aujourd'hui. La relation entre cette œuvre in-situ et
la galerie dans le contexte actuel a donc fait partie intégrante du
projet ... "
L’exposition de boîtes à chaussures aura toutefois dû être interrompue avant
la date de fin initialement prévue. C’est en effet la commission de sécurité
de la ville de Bordeaux alertée par une âme que l’on pourra qualifier, non
sans humour, de charitable qui a attiré son attention sur les risques que
faisaient courir aux visiteurs ce mur de boîte en cas d’incendie. Les
initiateurs ont donc sagement déconstruit le mur de boîtes, qu’ils ont
remplacé jusqu’à la date initialement fixée par un panneau explicatif.
Au
terme de cette opération, plus personne ne pourra plus dire en
parlant de la vétusté de la Galerie Bordelaise « je ne savais pas ».
L’ensemble des parties prenantes pourra t il se retrouver autour
d’une table pour qu’enfin un plan d’action soit mis en place (fut il
imposé), c’est en tout cas ce que l’on peut espérer.
Remerciements, crédits et sites à visiter :
Installation monumentale in situ de Jacques Perconte réalisée pour les
soldes d'hiver 2008 dans la Galerie Bordelaise
en collaboration avec la boutique Michard Ardillier :
http://www.technart.fr/SoldesdHiver